• France, Allemagne : les nouveaux défis de la gauche

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    France, Allemagne : les nouveaux défis de la gauche

    Dans le cadre de la rénovation du Parti, les socialistes français souhaitent ouvrir leurs réflexions aux expériences de leurs homologues européens. Les 11, 12 et 13 octobre, une mission s’est rendue en Allemagne pour mieux comprendre la situation du pays et confronter ses difficultés à celles de son voisin. Alors que le Parti social-démocrate allemand (SPD) connaît aussi une phase d’interrogations et de doutes, cette rencontre a permis de souligner l’importance du rapport à la mondialisation dans la refonte du socialisme européen.


    La démarche des socialistes français ne vise pas à rapporter d’Allemagne des solutions toutes faites pour rénover le Parti socialiste. Il s’agit avant tout de partager des points de vue sur les difficultés que rencontrent la France et l’Allemagne. Et de soulever des questions communes aux deux pays, tout en observant avec attention les pistes de réponses possibles. Une démarche déjà entreprise en Suède, et renouvelée début octobre à Berlin.

    Les socialistes Henri Weber, Harlem désir, Élisabeth Guigou, Laurent Baumel et Monique Saliou étaient du déplacement. Devant les universitaires, les députés et responsables du SPD, et les syndicats, ils se sont interrogés sur la crise de la social-démocratie allemande, et sur sa capacité à répondre aux nouveaux défis nés de la mondialisation.

    Un contexte encore marqué par la réunification
    Ce dialogue a d’abord été un éclairage sur la situation actuelle de l’Allemagne. Tous les interlocuteurs ont fait référence à la réunification. Le contexte économique, social et politique allemand reste profondément marqué par la séparation historique entre l’Est et l’Ouest. Le revenu moyen allemand est au plus bas depuis près de vingt ans. Une donnée difficile à comprendre sans savoir, par exemple, que les salaires sont inférieurs de près de 30 % à l’Est. En 2005, le chômage touchait 12 % de la population : 8 % à l’Ouest, 16 % à l’Est.
    Malgré tout, la croissance allemande a fait un bond en 2006 pour s’établir à 2,7 %, et le chômage tourne aujourd’hui autour de 9 %.
    Il existe aussi une nette différenciation entre les secteurs d’activité. L’industrie reste le fleuron de l’économie allemande. Elle représente 25,4 % du PIB national contre 14,4 % en France. Une dynamique qui vaut à l’Allemagne d’être le premier exportateur de biens. « Les entreprises ont compris depuis longtemps qu’elles devaient investir dans la recherche, pour avoir deux ans d’avance sur les Chinois », explique Mathieu Pouydesseau, secrétaire de la section socialiste française de Berlin. En revanche, les services peinent à décoller. Et les salaires y sont dramatiquement bas. Une coiffeuse, par exemple, est payée entre deux et trois euros de l’heure. Un constat amer pour un pays moderne.

    Le SPD s’interroge sur son identité
    Politiquement, la situation allemande connaît des changements d’envergure. « Pour la première fois depuis 1948, le SPD est confronté à un autre parti de gauche », souligne Detlev Albers, membre du comité directeur du SPD. En 2004, l’ancien parti communiste de l’Est et des dissidents du SPD ont créé le parti Die Linke (La Gauche). Principale raison : l’opposition aux réformes entreprises par le gouvernement SPD-Verts de Gerhard Schröder dans le cadre de « l’agenda 2010 ».

    Ces réformes concentrent aujourd’hui toute l’attention du SPD qui s’interroge sur leur efficacité. Le plan Hartz lancé en 2003 a laissé des traces persistantes au sein du Parti social-démocrate allemand. Voté sans concertation préalable avec les acteurs sociaux, il a notamment établi le passage brutal des indemnités chômage de 32 à 12 mois. Il s’agissait d’inciter au retour à l’emploi, en créant par ailleurs une agence fédérale pour l’emploi. Mais selon les observateurs nationaux, la baisse globale du chômage est davantage due à la reprise de la croissance qu’à la mise en œuvre de cette mesure. De plus, le chômage de longue durée et celui des plus de 55 ans restent dramatiquement élevés.

    Aujourd’hui, le SPD fait partie du gouvernement de coalition avec le parti de droite CDU. Mais la création de Die Linke ainsi que le départ de plus de 150 000 adhérents obligent le SPD à une remise en question.
    Le 26 octobre prochain, au congrès de Hambourg, le SPD présentera un nouveau programme fondamental. Ce programme n’est pas une critique acerbe de ce qui a été réalisé sous Schröder. Il s’agit avant tout de se repositionner dans le contexte de la mondialisation. Les sondages sont unanimes : la population réclame plus de justice sociale. Pour y répondre, le SPD propose de mettre en œuvre « un État providence prévoyant » pour prévenir les situations de détresse sociale plutôt que de les prendre en charge ensuite. Le nouveau programme met aussi en avant le concept de « bon travail » ou travail de qualité. L’emploi pour tous oui, mais pas à n’importe quel prix. Rémunération prenant en compte les tâches à accomplir, participation aux bénéfices de l’entreprise, opportunités d’évolution : le SPD souhaite clarifier son rapport au travail. Actuellement, les sociaux-démocrates demandent la mise en place d’un salaire minimum, mais la droite s’y oppose.

    Un diagnostic commun
    Si les contextes nationaux sont différents, les socialistes français et allemands ont toutefois en commun un certain nombre d’interrogations et de constats. Résoudre le problème de la durabilité du modèle social reste le principal défi. Individualisation des comportements, capitalisme financier, l’économie est dérégulée et ne profite pas à tous de la même façon. En 2004, 58 % des Français et près de 40 % des Allemands ressentaient ce phénomène comme une menace. Les socialistes voient dans l’Europe le meilleur vecteur pour contrôler la mondialisation. Le principe d’ « Europe sociale » est plus que jamais d’actualité.
    Autre constat commun aux deux partis : l’électorat est volatile. Il n’y a plus de « base » acquise. Dans leur programme fondamental, les Allemands considèrent donc qu’il faut s’attacher à convaincre une « majorité solidaire ». Les partis doivent s’adresser à toute la population, et en particulier aux classes moyennes.
    Par ailleurs, Français et Allemands s’interrogent sur la façon de gérer le vieillissement de la population et le problème concomitant des retraites. L’allongement de la durée de cotisation est une actualité brûlante. Ainsi, en Allemagne, l’âge de départ à la retraite va passer de 65 à 67 ans, entre 2012 et 2029.

    Fanny Costes (L’hebdo n°462)


    L’Allemagne taxe les plus riches
    Alors que Nicolas Sarkozy s’emploie à réduire la participation des plus riches au budget français, l’Allemagne fait l’inverse. Pour consolider le budget fédéral allemand, le SPD, membre de la coalition de gouvernement, a convaincu de la nécessité d’une contribution des plus riches. Un impôt sur la richesse a été voté et devrait rapporter 1,9 milliards d’euros par an. L’impôt sur le revenu des tranches les plus aisées (250 000 euros par an ou plus) a également été augmenté. Le taux d’imposition passe de 42 % à 45 %.


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