En ce début de mois de septembre, François Hollande commente lactualité de ces derniers jours dans son carnet dactu.
Au sommaire de ce numéro :
- la fusion de GDF et de Suez
- le retour de la thématique sécuritaire
- la lettre de Nicolas Sarkozy aux enseignants
- le pouvoir dachat et la croissance en berne
- le triste sort de François Fillon
- le rapport dHubert Védrine

Dimanche 3 septembre, François Hollande a clôturé les travaux du Diagnostic pour la rénovation de lUniversité dété 2007, à La Rochelle. Lors de son discours, le Premier secrétaire du PS est revenu sur les défis du Parti socialiste ces mois prochains : être une opposition constructive, réussir le processus de rénovation de la gauche, et préparer les élections municipales.
Merci Chers Maxime, Olivier, de nous voir accueilli.
Merci dêtre venus à notre rendez-vous de La Rochelle, car les commentaires allaient bon train. Je minterrogeais avec gravité : allais-je venir seul à La Rochelle ? Y aurait-il encore un socialiste dans la salle ? Mais, je connais la dramaturgie de La Rochelle. Quand tout le monde est là, on dit oh ! là ! là ! que va-t-il se passer ? Ils y sont tous ! Quand certains ne viennent pas même pour de bonnes raisons- voilà que nous serions démunis. Et bien, jamais nous navons été aussi nombreux et les présents ont toujours raison. Quelles que soient les circonstances. Lorsquil sagit de préparer les échéances décisives comme lannée dernière- ou den tirer les conclusions comme cette année ; de fêter les victoires et cela nous est heureusement arrivé ces dernières années- ou de surmonter les défaites et cest notre devoir aujourdhui.
Car, nous avons une responsabilité : travailler ensemble. Parce que nous ne pourrons répondre efficacement aux Français, relever les défis qui nous sont posés que si nous sommes ensemble, que si nous réfléchissons ensemble, que si nous construisons ensemble, que si nous proposons ensemble, que si nous décidons ensemble. Cest ce que nous avons fait.
Et, à La Rochelle, nous avions trois actes majeurs à poser : lucidité dans lanalyse à porter sur notre échec ; volonté dans le changement à engager sur nos idées et nos méthodes ; clarté dans notre opposition et sur la stratégie à mener pour les prochaines échéances.
I Le défi de la lucidité
Elle commence par un hommage à celle qui a été notre candidate, à Ségolène, à nos militants, à nos élus qui se sont dévoués sans compter pour le succès de nos candidates et candidats aux scrutins présidentiel et législatif. Car, une chose est sûre : ce nest pas le courage et lenthousiasme qui nous aura manqué dans cette campagne.
La lucidité, cest aussi de faire le constat dune participation exceptionnelle des Français au scrutin présidentiel qui traduit un réinvestissement, peut-être provisoire, de nos concitoyens dans la politique. La lucidité, cest aussi de reconnaître notre score honorable au premier tour de la présidentielle, les 17 millions au deuxième tour. Cest le sursaut qui a permis au Parti socialiste de gagner près de 60 sièges de plus au soir des élections législatives.
Mais, la lucidité cest également de constater que le résultat final est là : nous avons perdu léchéance politique majeure. Cest le troisième échec de suite à la présidentielle pour le Parti socialiste. Il ne sagit pas dinvoquer des excuses : latomisation de la gauche, la faute aux médias ou la diablerie de nos adversaires. Il ne sagit pas non plus douvrir des procès. Je laisse cela aux inquisiteurs de laprès qui étaient souvent les flatteurs de la veille, ceux qui battent leur coulpe sur la poitrine des autres. Cest une profession en vogue cette année. Il faut bien de nouveaux métiers ! Et je ne crains rien de leur jugement, car moi, je rends ce service au Parti socialiste. Jassume mes responsabilités, mais je les prends aussi. Et je dis que ce nest pas une question de personnes, mais une question politique qui nous est posée collectivement et qui appelle de nous des changements profonds.
Nous avons perdu parce que nous avons aussi souffert de trois défauts majeurs :
Tout se tient. Un parti en phase avec la société, mobilisé autour dun projet simple, uni autour de son leader. Voilà les conditions de la victoire. Cest donc un changement bien plus quune rénovation quil faut engager.
Rénovation. Le mot est vieux comme le PS ; il est usé. Il revient à chaque défaite avec les mêmes formules : « les portes et les fenêtres » quil faut ouvrir, comme si lon vivait caché, alors que 100 000 nouveaux adhérents nous ont rejoint ; la fin des courants à condition de ne pas en créer un autre ; le renouvellement des générations réducteur mais nécessaire -, à condition quil ne soit pas réducteur de têtes. Le logiciel politique mais notre pensée est humaine- ne se confond pas avec un disque dur qui devient vite un disque rayé ! Et même le nom du Parti socialiste ! Comme si cétait de sa faute. Je me souviens dune réflexion de François Mitterrand quand, en 1993, après une défaite terrible, cette proposition dun changement de nom courrait. Faites à votre guise, disait-il, mais réfléchissez bien. Cela fait 100 ans que lon se bat pour imposer la marque, si vous la laissez tomber, il y en aura bien un qui se baissera pour la ramasser.
Quand on a le flambeau du socialisme, non seulement on le garde, mais on le porte.
Il faut aller plus loin. Il ne sagit plus den rester à la surface des choses. Il faut changer la donne.
Dabord, notre état desprit :
Ceci nest inscrit dans aucun statut, mais dans nos têtes.
Ensuite, faire le clair dans nos idées : les socialistes vivent depuis trop longtemps sous une double pression : celle de la gauche de la gauche dabord qui lui fait le procès de la trahison, de la compromission, du reniement. Mais, au nom de quoi ? Au nom de qui ? De quelle légitimité ? De quelle autorité ? De quelle histoire ? Ce sont les réformistes et donc les socialistes- qui ont fait les plus belles révolutions dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Et, la meilleure façon de servir la gauche, cest de la porter au pouvoir.
Sous la pression des « bien pensants », ensuite, qui voudraient que le Parti socialiste abjure de ses idées redistributives, de sa confiance dans le progrès, du rôle régulateur de lEtat. Ils demandent une gauche qui ne serait plus de gauche pour prix de son accession aux responsabilités. Si tant est quavec un tel programme, elle y parvienne.
Dans les deux cas, on veut vider lespace politique du réformisme.
Mais, nous, nous paraissons toujours hésiter : céder aux uns quand nous sommes dans lopposition, au risque dy rester longtemps, et concéder aux autres quand nous sommes au pouvoir, au risque de ne pas y rester longtemps. Et nous sommes dans une perpétuelle mauvaise conscience, dans léquilibrisme, le ni-ni ou dans les formules incantatoires qui préparent piteusement les compromis avec le réel.
Nous ne sommes plus entendus par le plus grand nombre, parce que le PS parle une langue connue de lui seul, parce que nous ne disons rien de clair, de net, de lisible. Nous oscillons, nous ajoutons, nous additionnons sans convaincre. Car, on ne mobilise pas sur une contradiction.
Il faut donc affirmer franchement notre identité. Et sans rien perdre de nos valeurs. Dire ce que nous gardons : nos idéaux de justice, dégalité, nos ambitions transformatrices, notre internationalisme. Et ce que nous devons changer pour mettre le socialisme en rapport avec les défis du monde de la société daujourdhui.
Cest ce que jai proposé à travers les trois grands forums que nous allons ouvrir tout au long des prochaines semaines.
1/ - Le socialisme et le marché
Il y a bien longtemps que les socialistes ont admis léconomie de marché, reconnu la création de richesses par les entreprises et compris le défi de la compétition économique.
Cest même sous des gouvernements de gauche que louverture des marchés, notamment monétaires et financiers, sest faite : linflation a été réduite, le marché unique puis leuro ont été mis en place, et même les finances publiques de 1997 à 2002- ont été remises en ordre. Et nous reconnaissons dautant mieux le marché que nous considérons quil y a des domaines de lactivité humaine qui doivent lui échapper : la Recherche, lEducation, la santé, lenvironnement, le rôle des services publics, sans que pour autant les règles de lefficacité et de lévolution ne sy appliquent pas avec rigueur.
Alors, ce nest pas le marché qui nous pose problème aujourdhui, cest la mondialisation. Nous donnons le sentiment de la regarder en reculant, comme effrayés, tout en la laissant faire. Nous la condamnons, mais nous ne laffrontons pas.
La mondialisation est un fait irréversible. On peut la juger comme heureuse ou désastreuse. Elle est une réalité ambivalente. Elle crée des richesses et des biens ; elle détruit des ressources et des droits. Mais, elle est notre monde.
Doù la triple exigence qui nous est posée :
2/ - Le socialisme et lindividu
La montée du rapport personnel, individuel à légard de la politique est une évidence. La fin des grandes idéologies, lémiettement de la société salariale, le consumérisme, la méfiance à légard du système redistributif qui serait supposé fonctionner toujours pour les autres et insuffisamment pour soi-même, le souci dautonomie personnel, familial. Doù le questionnement tant de fois entendu dans la campagne « quest ce quil y a pour moi dans le programme du Parti socialiste ? ».
La droite a parfaitement saisi cette aspiration et la instrumentalisé : le « sauve qui peut » personnel, le chacun pour soi, le salut individuel, « lenrichissez-vous », lenfer cest la dépense du voisin, le trou de la Sécurité Sociale, cest lautre. Et le « travailler plus » conjugué au « payer moins dimpôt » a pu trouver écho. Même chez lez pauvres qui considéraient ainsi que payer rien sur rien, cétait déjà pas mal !
Nen tirons pas la conclusion sommaire dune droitisation de la société française ; les aspirations sont beaucoup plus contradictoires. Mais prenons acte de la nécessité dun changement dapproche qui nous ramène paradoxalement aux fondements du socialisme.
Le changement dapproche, cest de partir non pas dune simple défense dacquis ou de revendications générales, ou de principes généraux, mais dune solution qui permet à chacun de trouver sa place, dêtre reconnu comme individu, citoyen en tant que tel et non comme une catégorie Bref, dun projet qui ouvre une égalité concrète devant lavenir.
Cest en ce sens que lefficacité des systèmes sociaux est une question clé pour les socialistes. Chaque fois quune faille, un abus, un excès, un gâchis sont décelés, cest le principe même de la solidarité qui est contesté par la droite.
De la même manière, limpôt ne peut être consenti que si les responsables publics sont exemplaires dans lusage des fonds publics, la redistribution effective et les services publics performants. La solidarité nest pas faite pour quelques-uns les exclus, les pauvres. Elle lest pour une très grande majorité et au bénéfice de tous. La Sécurité Sociale, par exemple, est un droit pour tous. Et elle prend toute sa force quand elle est au service des générations futures ; cest ainsi que lon retrouve le fondement du contrat social : Education, santé, développement durable.
Et cest ainsi que lon retrouve lorigine même du socialisme, car la consécration de lindividu est au cur de notre idéal autour de lémancipation, de laccomplissement, de lautonomie et de la promotion. Partir de lindividu pour justifier le collectif et revenir au citoyen qui décide souverainement de son avenir, mais aussi du destin collectif. Telle doit être notre démarche.
3/ - Le socialisme et les valeurs
Nation, travail, ordre ont été au cur de la campagne. Et parfois, nous ny avons pas paru à laise.
Là aussi, il faut faire le clair.
La Nation est au cur du pacte républicain. Elle est un « vivre ensemble », en aucune façon une exclusion. Nous navons pas besoin de rapprocher identité nationale et immigration. Jaurès disait que le nationalisme est la haine des autres, la Nation cest lamour des siens. Elle nest pas un renfermement, mais un projet collectif, un destin commun. Cest là que sexerce le débat démocratique. Le débat entre la gauche et la droite nest donc pas le plus ou moins grand attachement à la Nation, mais le projet que nous lui assignons, la perspective que nous lui ouvrons, lavenir que nous lui préparons.
LE TRAVAIL
Que la droite qui a été incapable de créer à peine plus de 300 000 emplois en cinq ans (2002/2007), quand le gouvernement de Lionel Jospin en avait fait émerger 1,5 million, ait pu faire campagne sur le thème du « travailler plus » en dit long sur lefficacité de certaines communications politiques ou de la faiblesse de nos arguments.
Alors, il faut remettre les choses à lendroit : cest vrai que la France ne travaille pas assez, quand plus de deux millions de personnes sont au chômage, quand un salarié sur deux est écarté du marché de lemploi avant 60 ans, quand le temps partiel contraint touche de nombreuses femmes et quand lintermittence est devenue une forme ordinaire de vie pour de nombreux jeunes.
Les socialistes militent pour une société du travail, pour leffort valorisé, pour la reconnaissance des savoir-faire et des métiers et pour une contrepartie dactivité pour toute prestation versée.
Mais, allons plus loin : lallongement de lespérance de vie, les périodes de formation, les temps familiaux, mais aussi les évolutions démographiques et, à terme, la fin du chômage de masse font que le futur nest plus à la diminution uniforme du temps de travail, mais à son organisation sur toute la vie professionnelle et à la prise en compte de la pénibilité des tâches et des métiers. Voilà lenjeu des prochaines années. Non pas uniquement les durées légales de travail, mais la diversité des temps de travail sur toute une vie et selon les métiers.
LA SECURITE
Jamais les violences aux personnes nont été aussi nombreuses quentre 2002 et 2007. Et pourtant, le Ministre de lIntérieur des gouvernements Raffarin et De Villepin est devenu Président de la République.
Sans doute, beaucoup tient à sa méthode. Jy reviendrai. Mais aussi au sentiment installé depuis des décennies que la gauche serait accommodante au prétexte quelle parle de prévention, serait dans une logique dexcuse au prétexte quelle évoque les responsabilités sociales, serait naïve au prétexte quelle défend les droits de lHomme. Là aussi, lincrimination est fausse. Mais, en politique, le préjugé vaut vérité.
Alors, il faut dabord parler de linsécurité comme première atteinte à la liberté, nommer les violences telles quelles sont et aussi dures soient-elles, défendre les victimes et être fermes avec les coupables. Et ne pas craindre le débat avec la droite là-dessus.
Cest nous qui avons les réponses les plus efficaces : de la punition à léradication des causes sociales et urbaines, en passant par la dissuasion, la prévention, la réinsertion et léducation.
Ce ne sont pas les questions qui sont de gauche ou de droite, mais les réponses. Et dans tous les domaines, elles doivent être efficaces, concrètes et durables.
Sommes-nous capables de mener ensemble ce travail de vérité et de clarté qui ne nous écarte pas de nos valeurs, mais leur donne leur actualité et leur pertinence ? Sûrement pas si nous en restons aux formules habituelles, aux jeux de rôles et aux questions de personnes. Alors, en 2002, nous aurions perdu parce que nous naurions pas été à gauche et, cette fois-ci, parce que nous laurions été trop.
Et, cest pourquoi je nai pas voulu dun congrès dans la foulée des élections du printemps. Quaurions-nous réglé ? Même pas le leadership aussitôt contesté dès lors quil ne sappuie pas sur une cohérence de pensée.
Aussi, je propose un changement de méthode. Plutôt que de partir de nos différences regardées comme autant de divisions pour aboutir, faute de mieux, à des conclusions confuses, partons de nos convergences pour faire apparaître, sur les grandes thématiques mais aussi sur les sujets les plus difficiles, de véritables choix qui seront proposés au vote des militants à loccasion du prochain congrès après les élections municipales.
Sur ce qui nous unit, tout ce qui nous unit, nous lécrirons dans une nouvelle déclaration de principes : notre Charte fondamentale. Et, sur les différentes alternatives politiques, regardons les en face, délibérons, décidons et respectons la ligne majoritaire comme la loi de tous.
Le changement, cest aussi celui de nos statuts et de nos règles de vote de nos instances. Des structures ont vieilli, des modes dorganisation et de débat. La vraie question, cest comment conjuguer démocratie interne et efficacité, mais aussi le nombre dadhérents et le militantisme, le rôle dun parti et le lien avec la société.
Cest un enjeu qui dépasse le PS, car cest la conception même de la politique et des institutions. Si lon veut éviter la dérive vers lomniprésidence, il faut montrer que le débat, la délibération, la participation ne sont pas un frein, une cacophonie ou une atomisation, mais la condition même de la réussite. Notre Parti doit être organiser à limage des institutions que nous proposons pour le pays : un Exécutif solide et responsable (cest la direction du PS), un Parlement doté de moyens de contrôle et représentatif de la société (cest le Conseil national du PS), des citoyens actifs qui puissent participer à la décision et faire connaître leur voix (ce sont les militants du Parti socialiste).
II Le défi de lopposition
La droite sest succédé à elle-même : même parti, même personnel, même politique. Et pourtant, paradoxalement, il y a bien eu une rupture, ou plutôt deux ruptures.
Je veux lillustrer sur la question du pouvoir dachat qui est la première préoccupation des Français en cette période. Devant le Medef, il martèle que cest se « moquer du monde que de dire quil ny a pas de problème du pouvoir dachat ». Diable ! On attend le plan, les dispositifs, les mesures ! Et, le lendemain, nous en prenons connaissance : Nicolas Sarkozy est venu dans un hypermarché à Bois dArcy pour, par sa seule présence aux caisses, lutter contre la hausse des prix. Il fallait y penser. Bientôt, avec cette méthode, il viendra à lANPE pour réduire le chômage et dans une agence immobilière pour baisser les loyers !
Et je ne sais si cet artifice suffira pour convaincre les Français. Mais, nous ne pouvons pas réduire la politique à de la communication. Je veux que le Parti socialiste lance une campagne de rentrée sur le pouvoir dachat. Car il y a la conjugaison de trois hausses : denrées alimentaires, loyers, coûts des transports. Ce qui suppose dagir sur la formation des prix (les loyers, le rapport entre producteurs et distributeurs, les transports publics), mais aussi sur les revenus : une conférence sur les salaires, un relèvement de lallocation de rentrée scolaire. Et, plutôt que de consacrer le boulcier fiscal, il aurait mieux valut consacrer le bouclier logement.
Face à cette façon dagir ou plutôt de communiquer, les formes de notre opposition doivent donc changer :
Mais, si la politique peut parfois retarder, biaiser, camoufler, occulter la réalité, elle ne lefface jamais. Et elle vient, après le temps de grâce dédié au vainqueur, demander son compte, présenter la note.
Et cest sur une facture que la présidence Sarkozy va souvrir.
Elle est le produit dun héritage, celui de la majorité sortante qui laisse la dette publique au-dessus de 64 % du PIB, des cadeaux fiscaux aussi injustes que coûteux (13 milliards deuros -1000 contribuables vont recevoir 250 millions deuros) et une politique économique inappropriée à la conjoncture, favorisant la rente plutôt que le travail, les placements plutôt que linvestissement et les grandes entreprises plutôt que les PME.
Résultat : la croissance sera inférieure à 2 % en 2007, à peine supérieure en 2008 ; le déficit commercial atteindra un niveau historique (30 milliards deuros à la fin de lannée) ; les comptes sociaux sont au rouge vermillon (13milliards) et les engagements européens en matière de finances publiques ne pourront être tenus pas plus en 2010 quen 2012.
Un plan de rigueur est donc en préparation. Et il faut en prévenir les Français :
Dans lattente, le pouvoir est dans le déni de réalité (sur la croissance), lincantation (sur la confiance) et la flatterie (à légard du patronat). Il vient dinstaller une Commission de la croissance une de plus. Et il y a mis un psychiatre parce que le problème, nous dit-on, cest que la France aujourdhui nest pas gaie !
Elle ne sera pas guérie par des astuces, mais par des choix.
Les nôtres sont simples et courageux :
Et, cest dans cet esprit de vigilance, de crédibilité et de confrontation que nous devons déjà préparer notre travail dopposition. Nous ne le ferons pas seuls.
Il faudra prendre appui sur les forces vives, les experts, les Français eux-mêmes. Rechercher les exemples étrangers, comparer les situations en Europe.
Et puis, aussi, mobiliser toute la gauche. Nous en sommes la force principale. Mais, nous aurions tort de nous comporter en parti unique. Ce serait une bien mauvaise façon de traduire le vote utile. Et, face à la droite unie, il faut rassembler la gauche. Certes, dans le contexte actuel (les faiblesses, les blessures ), ne précipitons pas le mouvement, névoquons pas des schémas prématurés ou des formules globales. Procédons dans le respect et par étapes.
Dabord la riposte à la droite
Je propose à nos partenaires un comité de liaison de la gauche qui se réunirait régulièrement pour porter jugement sur les résultats de la politique gouvernementale et décider des initiatives communes à engager : sur le pouvoir dachat, le prochain budget ou les franchises médicales.
Ensuite, il faudra aller plus loin, faire des propositions communes, par exemple sur le Grenelle de lenvironnement pour, ensemble, dire ce quest une politique de développement durable pour la gauche.
Et alors, si la confiance est là, si la volonté de construire ensemble une alternative est partagée, nous pourrions organiser des assises de la gauche et des écologistes avant les élections municipales et cantonales. Ce serait dailleurs la meilleure façon de les préparer.
III Le défi de la préparation des prochaines échéances
Nous sortons dun cycle électoral majeur ; nous rentrons déjà dans un autre, celui des élections locales qui vont redistribuer la donne à léchelle des territoires. Cest loccasion pour nous de conforter notre influence et, avec les Régions et une majorité des départements et des villes, dorganiser une forme de contre-pouvoir local. Valoriser des politiques nouvelles comme nous les engageons dans tant de villes de France et qui seront des références.
Cest une échéance redoutée par la droite car, les résultats détermineront largement le déroulement du quinquennat.
Nicolas Sarkozy est donc parti en campagne. Il va être candidat dans toutes les mairies de France. Il y a déjà son portrait, donc il se considère déjà chez lui. Il va multiplier les effets dannonces à chacun de ses déplacements. Jentendais quil allait faire des Conseils des Ministres décentralisés. Ce seront donc des assemblées préparatoires aux élections locales. Il va jouer de toutes les confusions en tentant de dépolitiser les élections locales.
Alors, à nous dapparaitre utiles aux Français, représentatifs de leur diversité et clairs dans nos alliances.
Utiles : les élections locales doivent permettre dengager des politiques qui nous identifient et qui améliorent la vie quotidienne de nos concitoyens : développement économique (innovation, création dentreprises, réinsertion), développement durable (habitat, transports). Un projet affirmant nos grandes propositions sera présenté par le Parti socialiste. Il inspirera nos programmes municipaux et départementaux.
Représentatifs : Je serai extrêmement attentif, au moment de la validation des candidatures, à ce que nous ayons une part non négligeable de futurs maires de grandes villes femmes. Il en est de même pour les élections cantonales parce que la droite a inventé un système qui lui a donné bonne conscience : un titulaire, un suppléant : cest dans bien des cas un titulaire, une suppléante Ayons le souci, quand on a choisi une équipe, de faire linverse : une titulaire, un suppléant.
Si nous voulons être respectueux de la confiance des électeurs des quartiers qui se sont rendus massivement aux urnes, à lélection présidentielle, pour voter Ségolène Royal, il faut que nous puissions avoir des listes dans les villes qui correspondent à la diversité de la population.
Clairs dans nos alliances : le Parti socialiste est sans doute devenu le grand parti de la gauche. On pourrait avoir la tentation de dire que, finalement, nous navons besoin de personne dautre que nous-mêmes. Ce serait une erreur. Parce que dans une ville, dans un département, nous avons besoin de toutes les cultures de la gauche (il est préférable de parler de culture plutôt que de parti). Il y a une culture communiste, il y a une culture radicale, il y a une culture écologique. Donc, il faut que cette dynamique, que cet ensemble se retrouve. Notre stratégie, cest le rassemblement de la gauche pour les élections municipales.
Reste la question des autres, et notamment du centre. Il y a sans doute un électorat aujourdhui qui ne veut pas choisir entre la gauche et la droite. Il a dailleurs toujours existé. Il y a une règle simple : cet électorat va à la force, pas à la faiblesse. Ce nest pas parce quon lui demande de venir quil accourt. Il vient parce quil sent que cest là que la dynamique se situe. Cest comme cela que nous avons eu le succès en 1981, en 1988 et même en 1997. Il y aura des listes Modem. Il ne faudra sûrement pas laisser chacun dentre nous gérer cette situation. Nous devons avoir une ligne de conduite et elle est simple : nous partons du rassemblement de la gauche ; nous portons un projet pour les élections municipales. Que ceux qui veulent rejoindre le rassemblement de la gauche, saccorder sur les propositions qui sont les nôtres, et, enfin, sopposer à Sarkozy, viennent au second tour ne nous posera aucun problème. Mais ils le feront sur ces bases-là et sur aucune autre. Je ne veux pas que nous rentrions, nous-mêmes, dans le débat sur le Modem. La question lui est posée à lui, pas à nous.
Cest un débat où nous nous perdrons sans trouver le centre. Et nous conforterons ceux-là même que nous voulons rallier à nous. Soyons forts, rassembleurs, conquérants.
Dici là, nous navons pas de temps à perdre. Les élections locales sont dans huit mois. Et nous devons être prêts. Nous ne gagnerons pas seuls chacun dans nos villes respectives. Ne croyons pas que nous puissions lemporter localement si nous nous organisons nationalement pour perdre. Là encore, cest ensemble que nous réussirons.
CONCLUSION
Vous avez, par votre présence et par votre travail, engagé le premier pas de notre nouvelle marche. Cette marche sera longue. Elle ne tiendra pas dans quelques changements de comportements, renouvellements de personnes et de modifications statutaires. Le Parti socialiste doit être sans cesse en mouvement.
Je ne crois ni à la secousse salvatrice ni à la crise salutaire. Je suis pour le changement assumé, profond, durable et maîtrisé, pas pour labandon ou le reniement. Nous navons pas besoin de renoncer à nos valeurs pour être modernes, car jamais les valeurs de progrès et de justice sociale nont paru aussi pertinentes, à condition de les adapter au défi de la période.
Cest une démarche qui suppose de souvrir à la société, dapporter les réponses aux sujets les plus difficiles : la compétitivité, le financement de la solidarité, la lutte contre les violences, limmigration et le développement du Sud. Nous devons être regardés comme les plus efficaces pour retrouver la croissance, les plus justes pour assumer la redistribution et les plus courageux pour préparer notre avenir.
Il ny a pas de temps à perdre. Et, comme Premier secrétaire, je me consacrerai pleinement à cette tâche :
Premier secrétaire depuis 10 ans soupirs pour les uns, espérance pour les autres- jaime le Parti socialiste parce que cest là que se joue le progrès, le changement. Jaime les socialistes et je suis fier dêtre votre Premier secrétaire depuis plus de 10 ans dans des circonstances qui ont été très différentes : la responsabilité du gouvernement avec Lionel Jospin ; lopposition depuis 5 ans. Jarrive bientôt au terme de cette responsabilité. Elle me permet de vous parler franchement.
Je connais tous nos défauts : les divisions artificielles, les positionnements de circonstance, les compétitions dorientations qui ne recouvrent que des allégeances personnelles, les indisciplines, le manque de rigueur. Je vous le dis franchement : il faut en finir, si nous voulons en finir avec la droite. Si on veut être clairs, cohérents, forts, nous navons pas besoin de nous séparer.
Notre avenir passe par la vérité de nos engagements et par notre unité.
Mais, je connais aussi tous nos atouts : un dévouement militant extraordinaire, un engagement sincère, une efficacité dans la gestion, une somme dintelligences et dexpériences, un mélange formidable des générations, une volonté de servir la France. Ils nous permettent dêtre confiants dans lavenir.
Il faut les mettre au service de la France. Je lui assigne donc une tâche : être à la hauteur de la situation à laquelle nous sommes confrontés, à la hauteur des enjeux à venir et de lHistoire.