
Laurent Fabius dénonce dans un entretien publié lundi 21 avril par La Croix "lomniprésidence à courte vue" du président Nicolas Sarkozy, dont "lénergie" sest selon lui "transformée en agitation". Revenant sur le terme "omniprésidence", quil avait utilisé pour qualifier le style de Nicolas Sarkozy, Laurent Fabius complète : "Après un an dexpérience, je dois préciser : omniprésidence de courte vue." <?XML:NAMESPACE PREFIX = O /><O:P></O:P>
La Croix : Nicolas Sarkozy sexprime cette semaine à la télévision pour tirer le bilan de sa première année à la tête de lÉtat. Quel regard portez-vous sur son action ?<O:P></O:P>
Laurent Fabius : Un regard critique. Non par réflexe pavlovien - cest lintérêt général du pays qui mimporte - mais parce que, au vu de son bilan, je constate que la déception lemporte chez beaucoup de Français qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy. De nombreuses promesses nont pas été tenues, notamment sur le pouvoir dachat qui était pourtant son premier engagement. Quant aux marges de manuvre, elles ont été dilapidées dans le paquet fiscal, que jappelle plutôt le boulet fiscal, en consacrant 14 milliards deuros par an à des dépenses qui nétaient pas toutes prioritaires.<O:P></O:P>
Reconnaissez-vous tout de même au président un vrai volontarisme ?<O:P></O:P>
Son énergie de départ était incontestable mais elle sest transformée en agitation ; souvent même en une sorte dimmaturité compulsive. Le problème avec Nicolas Sarkozy, cest que le mot « réforme » est utilisé à toutes les sauces, au point de rendre impopulaire toute réforme. La France a besoin de changements positifs. Pour être acceptée, la réforme doit être juste. Or ce nest en général pas le cas. Je déplore aussi limprovisation qui règne au sommet de lÉtat. Jai employé le premier lexpression « omniprésidence ». Après un an dexpérience, je dois préciser : omniprésidence de courte vue. Le président devrait être lhomme du long terme, de lanticipation et de la pondération.<O:P></O:P>
Vous ne le créditez donc daucune réussite ?<O:P></O:P>
Il en existe, bien sûr, mais pas dans les domaines les plus décisifs. Japprouve les dispositions prises sur linterdiction de fumer, même si on peut en discuter les modalités. De même, la poursuite de laction sur la sécurité routière était indispensable. Tout nest pas noir ou blanc, mais le bilan densemble est gris nettement foncé. Regardez les dernières mesures antifamiliales : elles sont provocantes !<O:P></O:P>
Et la relance de la construction européenne, stoppée par le « non » français...<O:P></O:P>
Cest la crise de lEurope qui a causé le « non », plutôt que linverse. En refusant un nouveau référendum sur le traité, Nicolas Sarkozy a court-circuité le peuple français. Sur le fond, on sapercevra que le nouveau texte laisse beaucoup de points en suspens. Rien sur les moyens dune Europe plus écologique et sociale ni pour lutter contre leuro cher, rien sur la gouvernance économique de lUnion, rien sur lEurope nécessaire de linnovation et de la recherche. Sur le plan international, je déplore que le zèle déployé vis-à-vis de George Bush dans lOtan, en Afghanistan, ou sur lIran, se double dune prise de distance vis-à-vis de nos amis allemands. LEurope a besoin dun couple franco-allemand solide.<O:P></O:P>
Vu le contexte économique difficile, un président de gauche aurait-il fait mieux ?<O:P></O:P>
Toutes nos difficultés ne viennent pas de la crise financière mondiale. Malgré et avant celle-ci, il y avait moyen de faire largement autrement. Un président de gauche aurait choisi des priorités claires et différentes : éducation, recherche, formation, PME, pouvoir dachat. Cest ainsi quil fallait utiliser nos marges de manuvre. Si javais été en fonction, jaurais affecté environ la moitié de largent disponible à la réduction de nos déficits et lautre moitié à préparer lavenir (éducation, recherche, investissements) ainsi quà améliorer le pouvoir dachat des plus modestes. Et je naurais instauré ni les taxes sur les malades ni donné le feu vert aux OGM.<O:P></O:P>
Un an après, le PS vous paraît-il avoir commencé à tirer les leçons de son échec ?<O:P></O:P>
Beaucoup de progrès reste à accomplir. Le PS doit clarifier sa stratégie et trancher entre ceux qui veulent, comme moi, actualiser le rassemblement à gauche tout en louvrant à dautres, et ceux qui veulent lui substituer une démarche louvoyante. Il nous faut aussi adapter nos propositions au monde de demain avec les enjeux majeurs que sont lallongement de la durée de la vie, le défi écologique ou les inégalités mondiales.<O:P></O:P>
Que peuvent attendre les Français du prochain congrès du PS et de vous en particulier ?<O:P></O:P>
Un congrès du PS réussi serait consacré à proposer des solutions davenir et à éviter de se déchirer. Il nous faut travailler sur le fond au lieu de nous focaliser sur la question de la candidature à la prochaine présidentielle. Quant à moi, je refuse de me mêler aux petites bagarres intestines. Il faut éviter le « bling-bling » et les paillettes. Nous avons besoin de sérieux en politique. Cest le choix que je fais.<O:P></O:P>
Recueilli par Mathieu CASTAGNET
Vous trouverez ci-dessous lintégralité de linterview, également disponible ici : http://www.laurent-fabius.net/article1074.html<O:P></O:P>