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Exemples concrets à lappui, Claudy Lebreton, président de lAssemblée des départements de France, dénonce le désengagement de lÉtat, qui a transféré des compétences aux collectivités locales, notamment dans le secteur social, sans faire suivre les financements correspondants. Le président du conseil général des Côtes-dArmor, qui rappelle que la fiscalité est « une valeur de gauche », plaide également pour une réforme en profondeur de la fiscalité locale.
La dernière étape de la décentralisation, la loi du 13 août 2004,a soulevé le problème des transferts de financement. Quel est le bilan de cette loi ?
Nous avions alors évalué le montant des transferts de compétence à plus de 12 milliards deuros et le compte est loin dy être ; il doit manquer au bas mot 5 à 7 milliards deuros dans la balance. Prenons un exemple concret : en transférant aux départements le versement du RMI, lÉtat na pas fait suivre les financements correspondants. À lheure actuelle, lÉtat doit 2,3 milliards aux conseils généraux rien que pour cette prestation. Les collectivités territoriales ont puisé dans leurs fonds propres pour assurer le versement de ce « minimum vital » pour des milliers de citoyens. On retrouve des situations semblables sur le versement de lallocation personnalisée dautonomie (APA), sur le transfert des routes nationales et du transport ferré régional
et jen passe ! LÉtat semble être frappé damnésie quant à ses engagements.
Quel est lintérêt du gouvernement à ne pas opérer le transfert de lintégralité des financements ? Cela met en difficulté aussi bien les collectivités territoriales dirigées par la gauche que celles dirigées par la droite
LÉtat trouve un intérêt très simple dans ce rognage des dotations aux collectivités territoriales : cest son deuxième poste de dépense. Cest très tentant pour lui de se tailler des marges de manoeuvre dans ces dotations. Dautant plus que les collectivités fulminent et critiquent le manque de moyens accordés par lÉtat mais se débrouillent quand même pour pallier ce manque. Pour preuve, le RMI est toujours versé à ses bénéficiaires malgré lardoise laissée par lÉtat. Aujourdhui, beaucoup saccordent à dire que la meilleure gestion des deniers publics se trouve du côté des collectivités territoriales plutôt que du côté de lÉtat !
Létat desprit des trois derniers gouvernements est le suivant : « Économisons en chargeant la mule des collectivités, ils sen débrouilleront très bien. » Nicolas Sarkozy ne sen cache pas. Les collectivités sont plus que jamais actrices de notre développement collectif et de notre vivre ensemble. Elles attendent dêtre reconnues comme telles par lÉtat qui ne doit pas se priver de lintelligence des territoires. il ne faut pas non plus quil les prive de leur efficacité par des ressources insuffisantes ou en les stigmatisant par un transfert de fiscalité mal ressenti par les Français.
Et effectivement, ne pensez-vous pas que nombre de collectivités vont devoir augmenter leurs recettes par une hausse de la fiscalité ?
Pour moi, la fiscalité est une valeur de gauche. Cest dabord le meilleur outil de justice sociale, cest prendre à ceux qui ont les moyens de payer et exonérer ceux qui ont les moyens les plus modestes. Il ne faut pas oublier aussi que cest le fruit de ces impôts qui permet de financer les services publics pour tous. Éducation, santé, culture
autant de domaines qui, grâce aux fonds publics, ne sont pas soumis aux règles du marché. Pour autant, il faut savoir en user mais ne pas en abuser. Un effort de pédagogie est nécessaire pour montrer aux citoyens contribuables que les impôts sont là non pas pour enrichir les élus mais bien pour enrichir la collectivité, le vivre ensemble et la cohésion sociale.
Vous parlez de pédagogie, expliquez- nous de quelles ressources vit une collectivité territoriale ?
Les situations sont variables, mais on peut dire que la part de la dotation de lÉtat dans les budget territoriaux sélève à plus de 30%. Les recettes des impôts locaux, directs et indirects, représentent environ 50%. On voit clairement que lÉtat joue encore un rôle de premier ordre dans le financement des conseils régionaux,généraux et des communes.Si lon voulait sen passer,comme certains le proposent,il faudrait multiplier les impôts locaux par deux, chose totalement irréaliste dans le contexte actuel.
Quelles réformes engager pour cette fiscalité locale, souvent taxée de vieillissante ?
Depuis des années, on affirme que toute réforme du système est vouée à léchec mais je suis persuadé que non. Il est important de prendre son temps, de ne pas vouloir tout réformer dans un seul exercice budgétaire. Mais sur un mandat législatif et présidentiel de cinq ans,tout est possible. Il faut réussir à mettre en place un panier dimpôts suffisamment diversifié pour résister aux aléas économiques et sociaux. Nous proposons par exemple des formes dimpôts très spécifiques comme la création dune CSG locale qui permettrait aux départements davoir une nouvelle source de financement de laction sociale (*)
Devrait-on dès lors sattendre à une augmentation de la CSG ?
Non, cest une part de ce qui est dores et déjà collecté par la CSG qui serait reversée aux conseils généraux pour financer laction sociale. La CSG est un impôt juste, cest lun des seuls dont lassiette repose autant sur le travail que sur le capital. Le Premier ministre a récemment évoqué la réforme de la fiscalité locale, et tout particulièrement la possibilité de mettre en place ce dispositif pour répondre aux besoins de laction sociale des départements. On peut également penser à une part dimpôt sur le revenu pour les conseils régionaux
Il y a vraiment beaucoup de choses à imaginer en la matière.
Quels vont être les principaux combats à mener par les collectivités territoriales ?
On en revient au problème de la répartition des richesses entre lÉtat et les collectivités territoriales, qui sera dans les mois et les années à venir un combat de tous les instants pour que les élus locaux puissent avoir les moyens de leurs ambitions. Il faut également penser à une fiscalité juste et équitable pour quune véritable péréquation ait lieu entre les territoires les plus pauvres et les territoires les plus riches. Si lon ne sattaque pas à ce problème, on aura une France toujours plus hétérogène et une vraie fracture territoriale et citoyenne. Cela doit être notre engagement délus socialistes : mettre en place une véritable solidarité territoriale qui passe par une solidarité sociale et fiscale.
Propos recueillis par Damien Ranger