Elle avait prévenu : sa victoire allait marquer « la fin d'un système ». Elue largement le 28 mars 2004 à la tête du Poitou-Charentes - plus de 55 % des voix -, Ségolène Royal s'en est d'emblée prise aux notables régionaux. « Les élus sont là pour servir, pas pour se servir », a-t-elle déclaré après son sacre, clôturant quatorze années de règne de la droite. Et depuis trois ans, la candidate PS n'a cessé de faire de sa région une vitrine. Parfois à grand renfort de coups médiatiques, comme les 100 000 charentaises envoyées aux lycéens, histoire de soutenir l'artisanat local, ou « la gratuité des manuels scolaires » - en réalité un chèque-cadeau de 70 par élève.C'est en Poitou-Charentes qu'elle a testé, en premier et dans les lycées, sa démocratie participative. A ce jour, 14 000 participants - élèves, parents et enseignants - ont décidé de l'attribution de 10 % du budget régional pour les lycées : près de 11 millions d'euros qui ont financé deux cent cinquante projets, de l'installation d'un préau ici à la création d'une salle multimédia là.C'est dans cette région qu'elle a aussi lancé ses emplois-tremplins, destinés en priorité aux jeunes : 6 282 emplois créés fin 2006, selon ses services, pour beaucoup dans le secteur associatif. Enfin, c'est là-bas qu'elle a édicté sa charte des entreprises, signée par deux cent soixante entreprises, et qui conditionne l'octroi d'aides régionales à l'engagement de ne pas délocaliser.Avec à chaque fois, des limites. Aubade, non-signataire de la charte, délocalise en Tunisie. La région arrache un moratoire de trois mois, mais le risque court toujours. « Il faut rester modeste, estime Philippe Bodet, responsable régional de la CFDT. La charte existe sur le papier, mais attention à ne pas donner des illusions aux salariés, alors qu'un exécutif régional pèse peu dans ce genre de dossier. » Surtout quand le budget de Poitou-Charentes n'est que de 520 millions d'euros, contre plus d'un milliard au total pour les quatre conseils généraux du coin. Difficile de jouer aux riches quand on n'a pas trop le sou.
Bastien Bonnefous
20 Minutes, éditions du 05/04/2007 - 22h56
dernière mise à jour : 06/04/2007 - 00h45