
Nicolas Sarkozy avait voulu un événement à la mesure de son omniprésidence pour tenter de sortir de lornière des sondages de plus en plus défavorables. Le 8 janvier 2008, il a donc convié plus de 600 journalistes français et étrangers à une conférence de presse « fleuve ». Dans la salle des fêtes de lÉlysée, il a alors tenté dexpliquer sa feuille de route
Et ses histoires de coeurs.
Retour sur dix phrases marquantes de cette nouvelle étape du « Sarko-show » analysées par trois députés socialistes devant leur écran.
Michel Sapin, secrétaire national du PS à léconomie et à la fiscalité
« 2008 doit marquer la fin des 35 h »
« On y est Cest laveu dun des objectifs fondamentaux de la droite et du patronat : non pas la suppression des 35 heures mais plutôt la volonté den finir avec la durée légale du travail. Derrière cet aveu se cache lune des plus graves contradictions du gouvernement. Dans un premier temps, il nous parle de revaloriser les heures supplémentaires et de monétiser les RTT avec le fameux « Travailler plus pour gagner plus », et dans un second temps, il parle de supprimer la durée légale du travail et donc, les heures supplémentaires. Le gouvernement ne retient en fait que le cadre prévu par lUnion européenne avec une durée du temps de travail maximum de 48 heures. Sil y a rupture, elle est bien là ! Mais cest une rupture qui nous ramène au XIXe siècle, à lépoque où le patron fixait la durée du travail et le salarié la subissait. »
« Le pouvoir dachat est une préoccupation concrète des Français parmi tant dautres »
« Il avait pourtant dit quil serait le président du pouvoir dachat. Cétait pour lui la préoccupation première des Français pendant la campagne électorale. Cela sest concrétisé par la loi « Travail, Emploi, Pouvoir dAchat » (TEPA) appelée également paquet fiscal. Mais comme ce texte na pas donné deffets, un deuxième texte est en discussion en ce moment au Parlement. Il narrive plus à cacher lévidence de la baisse du pouvoir dachat. Il nhésite pas à dire « quil ne peut pas distribuer de largent quil na pas parce que les caisses sont vides. » Comme le disaient certains, « le roi est totalement nu en matière de pouvoir dachat. »
« Le capitalisme financier a besoin dêtre moralisé »
Cest une évidence dont on aimerait simplement voir comment elle se traduit dans les faits. Mais il ny a pas que la moralisation, il y a aussi la régulation. Car sans régulation, le capitalisme financier est le plus sauvage des capitalismes. Cest celui qui transforme tout en argent et qui ne juge de la viabilité des choses quen termes de rentabilité financière. Il faut que le président de la République comprenne quil nest plus à un moment où il peut se contenter de mots et de slogans, mais quil est bien aux responsabilités et quà ce titre, on attend de lui des réformes et des décisions.
« La conjoncture est moins bonne quespérée : cest comme ça, il faut assumer »
Le problème cest que la conjoncture est encore moins bonne en France quelle ne lest dans le reste des pays dEurope. Le juge de paix nest pas le niveau de croissance en France, cest la comparaison avec celui des autres pays européens. Aujourdhui la France est largement en dessous de la moyenne européenne et ce nest pas le fruit du hasard. La conjoncture ne tombe pas den haut comme semble lindiquer le président de la République, cest le fruit dune politique menée ces derniers mois et ces dernières années. Oui, la conjoncture mondiale est plus difficile, mais les conséquences des décisions prises en France ont encore aggravé la situation.
Marisol Touraine, députée de lIndre-et-Loire
« Un pouvoir personnel? Quel pouvoir personnel ? »
Cette conférence de presse a montré le style très personnel de Nicolas Sarkozy, marqué par une affirmation du pouvoir et une certaine virtuosité en matière de communication. Prétendre que le chef de lÉtat est un dictateur est cependant sans fondement. Dire quil veut être sur tous les fronts, quil décide, au risque de voir son gouvernement patiner et quil donne le tempo est en revanche parfaitement fondé. Mais soyons clairs. Sarkozy est toujours en campagne, sans se préoccuper de léquilibre de nos institutions. Face à léchec de sa politique, il est tenté de reprendre la main par une « séquence » de démonstration qui devait se conclure avec le grand show de lUMP du 12 janvier.
« Lhôpital est en déshérence. Ce sont les 35 heures qui lui ont porté le coup de grâce »
Mettre sur le dos des 35 heures les difficultés récurrentes du secteur hospitalier na aucun sens. Et ce, même si la mise en oeuvre de laménagement et de la réduction du temps de travail dans ce domaine nest pas notre plus grande réussite. Ici encore, Nicolas Sarkozy sest contenté de mettre laccent sur plusieurs questions-clés sans fournir la moindre réponse concrète. Tant et si bien quaucune politique sérieuse na été envisagée à ce jour pour permettre laccès universel aux soins.
«La France doit avoir une diplomatie de la réconciliation, elle doit parler avec tout le monde »
Personne ne conteste le fait que la France doit nouer le dialogue avec le plus grand nombre dinterlocuteurs possibles. La Libye a dailleurs évolué favorablement sur la scène internationale, en entrant dans le concert des nations depuis plusieurs années. Ce qui est plus contestable, cest le faste avec lequel le président a reçu le colonel Kadhafi,alors que les infirmières bulgares et le médecin palestinien détenus en captivité ont été retenus et torturés sur ordre du gouvernement libyen, avant dêtre libérés. Sans compter que les contrats annoncés à renfort de communication ont été rédigés bien avant larrivée de Nicolas Sarkozy à lÉlysée. Les propos du président à légard de Vladimir Poutine, lors de son déplacement en Russie, mont également surprise dans la bouche dun président qui a fait campagne sur le thème des droits de lHomme.
« Il faut aller jusquau bout dune politique fondée sur les quotas en matière dimmigration »
Le principal enjeu de la politique des quotas, cest de permettre à des personnes étrangères de travailler dans lHexagone, sans le moindre espoir de regroupement familial. Nul ne peut contester un meilleur contrôle des flux migratoires. La question est de savoir sur quelles bases. Souhaitons-nous une immigration de travail ou acceptons- nous le droit pour les intéressés de disposer dune vie familiale normale et décente ? Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont fait leur choix en supprimant toute possibilité de regroupement familial.
Julien Dray, député de lEssonne, porte-parole du Parti socialiste
« On a débloqué des moyens considérables pour sortir luniversité dun état de délabrement »
Pour lheure, seules dix universités sont dans le viseur de lÉlysée. Autant dire que les inquiétudes soulevées par les manifestations étudiantes de novembre ne sont pas totalement infondées. Le risque est de voir surgir un système élitiste sur lequel régneraient les facultés dotées de moyens illimités, auxquelles feraient face de véritables dépotoirs dénués de moyens. Àforce de vouloir concentrer lessentiel des moyens sur les dix principales universités françaises, le gouvernement concentre tout ou partie des richesses sur un nombre limité détablissements qui pourront compter, le cas échéant,sur des fonds privés. Linégalité est de mise !
« Nous allons supprimer la publicité sur le service public »
Ce nest pas forcément le meilleur service à rendre au secteur public. Le danger cest que celui-ci en vienne à se dégager des contraintes daudimat en devenant élitiste. En agissant ainsi, Nicolas Sarkozy prend le risque de marginaliser le service public au sein même du paysage audiovisuel français. Lorsque le Parti socialiste sest penché sur la question des coupures publicitaires, il na pas manqué de prendre en compte cette dimension. Quil faille distribuer des ressources budgétaires pour asseoir le service public est une chose. Mais la solution préconisée par lÉlysée nest pas la bonne.
Propos recueillis par Damien Ranger et Bruno Tranchant