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"Quelques raisons de ma venue au Québec" |
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| 1ère raison : Dans la Région que je préside, le 400ème anniversaire de la fondation de Québec a un retentissement particulier car il sinscrit dans une histoire au long cours : * parce que Champlain était saintongeais, né à Brouage en Charente-Maritime ; * parce que beaucoup dhabitants de ma région ont jadis émigré au Québec (et aussi en Acadie) : dans les mémoires familiales et lhistoire des territoires, ce lien transatlantique perdure ; * parce que la Région Poitou-Charentes est aujourdhui engagée dans des actions communes et des partenariats avec le Québec auxquels jattache beaucoup de prix (sujets ?). Cela suffirait au plaisir que je prends à cette visite et aux rencontres dont elle sera loccasion. Mais dautres raisons poussent aussi la responsable politique nationale que je suis à mintéresser de près à ce laboratoire de la modernité, imaginatif et pragmatique, quest aujourdhui le Québec. 2ème raison : Notre engagement conjoint dans la francophonie, notre conviction commune que la défendre et la promouvoir, cest contribuer activement au respect de la diversité des cultures dans une mondialisation qui peut être, selon ce que nous en ferons, une chance riche de nouveaux possibles ou un risque majeur duniformisation marchande et daccentuation des inégalités, toutes choses qui alimenteront les replis apeurés et haineux, les fondamentalismes réactifs et, au bout du compte, les insécurités planétaires. Cet apport de lexpérience francophone dans un monde globalisé, que le Québec incarne si bien, jy vois une chance pour civiliser la mondialisation. Les Québécois savent, eux, ce que défendre une langue, une culture, une histoire, une identité veut dire, pour soi donc aussi pour les autres et en relation avec les autres. Certaines élites adeptes des conformismes dominants ne voient pas la modernité du message francophone et cette promesse davenir contenue dans notre obstination à faire vivre et respecter la langue que nous avons en partage. Jy vois, moi, les prémisses dune nouvelle cohabitation planétaire. 3ème raison : Je suis, vous le savez, partisane dune relation équilibrée entre lEurope et les Etats-Unis, où lamitié nexclue pas la franchise, la liberté de jugement et, le cas échéant, les désaccords. Le Canada anglophone et le Québec ont lexpérience dun voisinage au long cours sans inféodation. Cest là un sujet sur lequel les échanges entre nous me paraissent utiles et nécessaires. En particulier au moment où les organismes de ce quon appelle, hélas un peu abusivement, « la gouvernance mondiale » peinent à trouver un second souffle, à souvrir aux préoccupations du sud et aux nouvelles puissances émergentes, à un moment où ils doivent trouver une légitimité et une efficacité en phase avec le monde daujourdhui, ses attentes, ses rapports de forces et ses risques inédits. 4ème raison : Dans la lutte contre le réchauffement climatique, le monde a besoin du Canada, directement touché par la fonte de la banquise et engagé dans la « bataille de lArctique » qui sannonce. Je sais que le Canada et la France nont pas fait le même choix face au protocole de Kyoto mais, depuis, la prise de conscience écologique sest partout renforcée. Pour moi qui attache une importance prioritaire à lexcellence et à la sécurité environnementales, ce voyage au Québec est aussi une occasion dévoquer ces questions et de voir, sur place, des réalisations éco-industrielles exemplaires (comme cette entreprise de construction de maisons à ossature bois que je visiterai à Montmagny). 5ème raison : Enfin, et ça nest pas le moins important, les questions aujourdhui en débat au Québec autour de ce quon y appelle « les accommodements raisonnables » me paraissent essentielles. Comment assumer la pluralité des origines pour fortifier lappartenance commune ? Comment lutter efficacement contre les discriminations ? Quels droits et quels devoirs pour les individus et les groupes ? Quelle laïcité ? Comment construire une histoire partagée, accueillante à toutes les mémoires et toutes les trajectoires, qui soit un point dappui pour se projeter ensemble vers lavenir ? Ce sont des questions que se posent toutes les nations, toutes les sociétés que les vagues migratoires, la soif croissante de reconnaissance des individus et les effets de la mondialisation poussent à actualiser leurs valeurs communes et leurs règles de vie. Lexpérience québécoise est particulièrement intéressante car elle est à la fois lutte opiniâtre pour être reconnu dans un environnement majoritairement anglophone et volonté reconnaître toutes les composantes actuelles du Québec. Nos approches et nos outils ne sont pas forcément les mêmes mais nos interrogations sont très voisines et je crois que la confrontation de nos expériences respectives peut être très fructueuse. 6ème raison : Jajoute que, convaincue que nous devons actualiser un « modèle social » français qui tient mal ses promesses dans le monde daujourdhui, je suis curieuse de voir comment, au Québec, on cherche aussi un nouvel équilibre entre le rôle de lEtat et celui du marché, entre les adaptations nécessaires et les protections solidaires. Il me semble que nous avons en commun une culture qui refuse leffacement de la puissance publique et croit au pouvoir de la volonté politique pour corriger le désordre des choses. Cest, par exemple, le Québec qui, bien avant la France, a mis en place des quotas de chansons en langue française à la radio, mesure de protection et de promotion qui a favorisé léclosion des talents et nest pas étrangère au vif succès des artistes québécois sur la scène internationale. Mais il me semble aussi que ce volontarisme fait bon ménage avec un pragmatisme dont la tradition française est moins familière et qui est pourtant, à mes yeux, une condition de lefficacité des politiques publiques. En matière de sécurité, de prévention de la délinquance et de la récidive, en particulier des délinquants sexuels, il y a au Québec des expériences qui font la preuve de leur efficacité car elles ont les moyens de leurs objectifs et se gardent de ce populisme pénal qui, jamais, nobtient les résultats promis. Dynamisation économique, protection contre les dérives de la financiarisation, création demplois : sur ces sujets aussi, je suis très intéressée par la démarche et les réalisations québécoises. Comme vous le voyez, lamitié enracinée dans lhistoire, la curiosité personnelle, les combats partagés et les questionnements communs sont à lorigine dun voyage dont javais depuis longtemps le projet et dont je prends aujourdhui le temps avec grand plaisir. Je vais vous faire une confidence : cest en ouvrant toutes grandes ses portes et ses fenêtres sur lexpérience des autres que la gauche française renouera avec son temps et formulera, à sa manière, une proposition politique en phase avec les attentes actuelles des Français et en prise avec les mutations de notre monde. Cest à cela que je memploie. Jétais il y a quelques jours en Italie et jy ai vu un bel exemple de démocratie participative associant largement les citoyens au choix des dirigeants et candidats de la gauche. Je voyage. Jobserve. Jécoute. Je regarde ce qui marche et ce qui ne marche pas. Et jen tire des leçons pour la France. |
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