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Royal:«Je ne suis pas en hibernation»

Très silencieuse ces dernières semaines, Ségolène Royal confirme à Libération que sa détermination reste intacte pour mener la rénovation du PS. Depuis Rome où elle a rencontré Walter Veltroni, le nouveau leader du Parti démocrate italien, elle ajoute quelle jouera son rôle de première opposante à la politique de Nicolas Sarkozy.
Où en êtes-vous de votre réflexion? Serez-vous candidate au premier secrétariat?
Je nai pas pris ma décision. Cela viendra le moment venu. A partir du moment où je ne quitte pas la politique, on ne peut pas faire de la politique sans parti. Jobserve ce qui se passe, mais je ne veux pas me placer dans des logiques de conflits internes.
Cette indécision na-t-elle pas désorienté vos proches?
Cest vrai que cest un peu déstabilisant pour mon entourage, qui se demande pourquoi je ne repars pas sabre au clair. Certains se sont inquiétés, ont demandé des consignes. Je leur explique que la politique est faite détapes. Et quil ne faut pas que je me laisse happer par le système. Le jour où je leur dirai: «On y va», nous irons vraiment.
Combien de temps durera votre réflexion?
Rassurez-vous, je ne suis pas en hibernation. Je travaille avec dautres, jaccepte les invitations à linternational et je me bats pour ma région. Cest essentiel. Et je mettrai ce travail au service du collectif.
Comment allez-vous désormais participer à la vie du parti?
Jai rassemblé 17 millions de voix, après avoir été désignée par 60% des adhérents du parti. Jai des responsabilités à légard de tous et toutes. Je ne peux donc pas me laisser attirer dans je ne sais quel piège de tactique interne. Rassembler, expliquer, fédérer, voilà le seul rôle que je me donne. Et mettre au service de la gauche et des Français le potentiel de lélection présidentielle.
La rentrée politique a été marquée par une profusion de livres très sévères à votre égard. Vous ont-ils affecté?
Oui. Ça laisse toujours des traces, on est toujours touché. Dailleurs, cest bien lobjectif. Mais cest passé. Limportant est que les gens se disent et me disent que je me suis bien battue.
Irez-vous au conseil national de samedi?
Je serai probablement en Argentine pour lélection de Cristina Kirchner, puis au Chili. Sinon, jy serais allée.
Vous venez de rencontrer Walter Veltroni. Lexemple de la primaire italienne est-il envisageable en France?
Tous les dirigeants italiens ont accepté lémergence parmi eux dun leader, avec trois millions et demi délecteurs qui ont payé un euro pour participer. Au PS, les militants à 20 euros ont été parfois contestés. Mais la réflexion doit se poursuivre. Je sais que ce nest pas facile, car nous héritons dun système sécurisant pour les courants, avec ce que cela signifie de contrôle des fédérations et de positions verrouillées. Mais au PS, nous avons tous compris, certes à des degrés divers, que ce système devait changer. Lexemple italien doit nous faire réfléchir.
Comment faire évoluer le PS?
Il faut rendre la parole aux militants. Mais aussi faire voter des gens qui ne sont pas adhérents du parti, comme en Italie. La préoccupation de lorganisation ne doit pas être lorganisation elle-même.
Cela ne semble pas être la tendance actuelle au sein du PS
Il existe toujours dans le parti cette ligne élitiste sur la crainte dune transformation en «parti de supporters». Mais quest-ce que ça veut dire? Cette conception condescendante me choque. Pourquoi considérer les gens comme des écervelés, qui choisissent à la tête du client? Peut-être quils adhèrent aussi à des idées
La fusion à litalienne entre socialistes et centristes vous inspire-t-elle?
Ce qui se passe en Italie montre bien que des recompositions sont nécessaires. Lalliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, dinspiration chrétienne, est très intéressante. Il y aura forcément, en France aussi, des recompositions entre centre et PS. Et ce ne sera pas en laissant de côté les militants venus de lextrême gauche ou du PC.
Avez-vous poursuivi vos contacts avec François Bayrou?
Non. Je ne suis pas encore dans cette phase. Je la poursuivrai quand jaurai achevé la précédente, celle de la réflexion et de la reconstruction. Mais nous sommes à un tournant. Lélectorat a évolué, avec de nouvelles générations qui nont pas connu lhistoire du PS et du PC, et qui ont dautres comportements électoraux. Et parmi les centristes, il y a des démocrates qui peuvent se reconnaître dans un projet politique qui ne sacrifierait pas pour autant lidentité de la gauche. On ma critiquée pour ma démarche dentre les deux tours, mais soyons réalistes: dans de nombreuses villes, aux municipales, cette convergence devra sopérer.
Est-il réaliste denvisager un tel rapprochement en France?
On doit se poser la question dun rassemblement du camp de la gauche et de tous ceux qui ont une conception exigeante de la démocratie, destiné à passer la barre des 30% au premier tour dune élection nationale et qui aurait vocation à être leader au niveau de la gauche européenne laquelle, reconnaissons-le, tangue un peu. Depuis Tony Blair, même si certains aspects de son leadership étaient discutables, la gauche na plus de leader capable dentraîner les mouvements progressistes en Europe.
Quelle est votre position sur le mini-traité?
A partir du moment où le peuple a refusé le précédent, il serait logique de le consulter à nouveau. Mais je crois que ce traité, même imparfait, peut remettre lEurope en marche. Jaurais préféré un texte avec moins de dérogations. Mais mieux vaut un compromis que rien. Lintégration de la Charte européenne des droits fondamentaux est une avancée très importante. Cest pourquoi nous devons faire bloc avec les socialistes portugais, espagnols, allemands et les autres, et adopter ce texte le plus vite possible pour passer à létape suivante : la préparation du traité social. La question de la procédure dadoption, référendaire ou parlementaire, nest plus une question de principe. Nous navons pas de temps à perdre à nous diviser.
Pourquoi vous êtes-vous montrée si discrète, ces derniers temps, sur la politique gouvernementale?
Ce nest pas exact. Mais je nai pas lintention de commenter le moindre fait et geste du Président. Il faudrait pour cela passer toute la journée devant la télévision, ou presque ! A ce propos, le CSA, qui refuse de comptabiliser le temps de parole de Nicolas Sarkozy, manifeste une piètre conception de la démocratie. Mais rassurez-vous, lopposition est bien là.
Comment définissez-vous aujourdhui votre rôle dopposante?
Je dois utiliser ma voix avec circonspection, quand je la sens utile au débat démocratique. Mais cela ne sert à rien de mener une opposition frontale, à tout propos.
Quel regard portez-vous sur la pratique sarkozyste du pouvoir?
Ce qui me frappe, cest le contraste entre le discours, le changement de style et, au fond, un grand archaïsme dans la façon de procéder. Le pouvoir actuel est très proche des puissances dargent, du Medef. On ne parle ni déducation, ni dinnovation, ni de PME, ni de modernisation économique. Sur les mesures fiscales, on a un pays endetté qui se prive de marges de manuvres au profit des plus privilégiés, suivant en cela les réflexes les plus éculés de la droite traditionaliste et rentière.
Que dit selon vous le mouvement social de la semaine dernière?
Nicolas Sarkozy, pendant la campagne, avait expliqué que tout était prêt Or, on est dans limprovisation totale. On aurait pu penser quon allait échapper à laffrontement social, à la grève des transports. Mais à larrivée, on a un pouvoir qui ressemble piteusement à tout ce quil y a de plus archaïque. Les oppositions sociales se cristallisent, même si elles sont partiellement occultées par une opération douverture médiatiquement réussie. Mais conduire un pays moderne à la grève est la marque dun pays mal gouverné.
Quel regard portez-vous sur le divorce de Cécilia et Nicolas Sarkozy?
Les grands événements de ces derniers jours, cest malheureusement la journée de la misère et les mouvements dinquiétude justifiée sur le front social.