Porté par la communauté scientifique, soutenu par les anciens Premiers ministres successifs de gauche et droite, la Cité nationale de lhistoire de limmigration a été inaugurée par des personnalités de tous horizons, en labsence détonante du président de la République et de ses ministres.
Projet porté depuis plus de quinze ans par des associations et des historiens, la Cité nationale de lhistoire de limmigration (CNHI) a enfin ouvert ses portes le 10 octobre dernier. En toute discrétion. Jacques Toubon, président du comité dorientation de la Cité, a accueilli lancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui avait annoncé la création de la Cité en 2004, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, ou encore François Hollande. Mais les membres du gouvernement se sont fait remarquer par leur absence.
Le premier secrétaire du PS a parlé le lendemain de « simulacre » dinauguration : « On aurait pu avoir un rassemblement des anciens membres des gouvernements, de la majorité et de lopposition actuelles,pour consacrer ce qui est quand même une fierté dêtre de ce grand pays, qui a su mêler les histoires personnelles pour faire une histoire commune. On aurait dû avoir une inauguration consensuelle. »
Dautant plus que cest Lionel Jospin, alors Premier ministre, qui a relancé lidée de cette Cité, en confiant une mission, en juillet 2001, à Driss El Yazami, délégué général de lassociation Génériques (organisme de recherche spécialisé dans lhistoire et la mémoire de limmigration), et à Rémi Schwartz, conseiller dÉtat. Ils ont auditionné des historiens, des acteurs associatifs et les membres des ministères.
« Dans notre rapport, nous prônions déjà la création dun centre national de lhistoire et des cultures de limmigration, explique Driss El Yazami. Cette idée a ensuite été mise en oeuvre sous le gouvernement Raffarin, qui a confié une mission à Jacques Toubon en 2003. Ce projet était devenu une nécessité, par-delà les clivages politiques. »
En réponse à la gauche, qui a dénoncé cette ouverture en catimini,le porte-parole du gouvernement, LaurentWauquiez,a parlé dune simple «ouverture administrative, comme cela se fait souvent ». Il a assuré que la Cité ferait lobjet dune véritable «inauguration officielle». Mais ni Driss El Yazami, à présent membre du conseil dorientation et dadministration de la Cité, ni Jacques Toubon nont pour le moment reçu dinformations quant à la date de cette supposée « inauguration officielle » Il faut dire que louverture de la Cité nationale de lhistoire de limmigration arrive au plus mal pour léquipe Sarkozy : elle tombe en plein débat sur le projet de loi sur limmigration et limposition de tests ADN aux candidats au regroupement familial.
Du côté des historiens qui ont participé au projet, on explique ce couac inaugural par un malaise au sommet de lÉtat. « Ce projet qui vise à briser des contrevérités sur limmigration, utilisées souvent dans le champ politique à des fins électorales, va à lencontre de la création du ministère de Brice Hortefeux et de la politique du gouvernement », analyse Patrick Weil, directeur de recherches au CNRS, qui a démissionné en mai avec sept autres universitaires des instances publiques de la Cité, pour protester contre lintitulé et les attributions de ce ministère.
Et il poursuit : « Lassociation des termes « identité nationale » et « immigration » rappelle historiquement le discours de lAction française au début du XXe siècle ou du Club de lHorloge dans les années 1980. Le fait que le sens de la Cité aille à linverse du message du ministère a dû mettre mal à laise les membres du gouvernement. »
Mona Buckmaster