
fichier] <script language=Javascript src="http://pub.oxado.com/insert_ad?pub=117504" type=text/javascript></script> [/fichier]
18 octobre 2007
Interview de Laurent Fabius publiée par le journal Le Monde. Les propos ont été recueillis par Jean-Michel Normand.
Vous étiez mercredi le principal orateur du groupe socialiste lors de la discussion budgétaire. Faut-il y voir une reconnaissance de la position dactif sage que vous revendiquez ?
En tout cas, je me réjouis de cette intervention car le budget est lossature de la politique du gouvernement. Ce budget 2008 est fondé sur des chiffres auxquels personne ne croit. Il ne soutiendra vraiment ni la demande ni la compétitivité des entreprises. Compte tenu des déficits abyssaux et du "boulet fiscal" quil comporte, il y aura donc probablement un autre budget, caché celui-là, mais révélé après les élections municipales de mars. Désosser cette politique, formuler des contre-propositions, cest un rôle dopposant utile à un moment où beaucoup à gauche se demandent où est passée lopposition. Jaimerais que, la bataille parlementaire achevée, ces citoyens interrogatifs se disent : la gauche est de retour.
Il faut agir pour « déconstruire » la droite et reconstruire la gauche. La droite se flatte dune pseudo-ouverture. Une vraie ouverture eût consisté à demander à lopposition de la rejoindre sur telle ou telle question en reprenant une partie de ses idées. Là, le Président propose à des personnalités, qui y ont une prédisposition, de venir au Gouvernement appliquer sa propre politique : cest du débauchage. La fausse ouverture est donc une vraie fermeture du débat démocratique. En même temps, nous devons reconstruire la gauche. Cest-à-dire à la fois réaffirmer nos valeurs - égalité, liberté, laïcité, service public, internationalisme - qui restent pertinentes et adapter certaines de nos propositions pour les rendre mieux opératoires. Il faut enfin clarifier notre stratégie, celle dune gauche décomplexée, rassembleuse et diverse. A la base, les électeurs, les militants, les élus nous veulent actifs, combatifs. Avec dautres, je suis décidé à sonner le réveil.
Sur quels sujets faut-il adapter les propositions du PS ?
Le grand sujet, cest en France et en Europe de nous montrer plus offensifs et plus efficaces dans la mondialisation. Je plaide depuis longtemps pour que nous placions au premier rang lenvironnement : nous devons aller beaucoup plus loin quaujourdhui sur les économies dénergie, la fiscalité écologique, lhabitat, les transports. De même, rendons laction publique plus efficace : notre système brasse beaucoup dargent, avec un impact redistributif faible. En matière européenne, nous manquons daudace : je développerai dans les semaines qui viennent la proposition dune Coopération européenne pour la recherche et linnovation (CERI) ; ce serait le premier exemple de "coopération renforcée" réussie.
Le congrès de 2008, qui doit-être celui de la rénovation, devra-t-il régler la question du leadership au sein du PS ?
Plus que dune simple rénovation, nous avons besoin dune véritable reconstruction. Elle ne doit pas être fermée sur le PS. A terme, il faut imaginer un grand parti socialiste et progressiste qui respecte les différentes sensibilités de la gauche et dépasse les frontières actuelles. Sagissant du leadership, pourquoi décider en 2008 la candidature pour 2012, 2017 ou 2022 ? En revanche, le Congrès doit permettre de repartir du bon pied et renouveler les équipes. Pour ma part, jentends me consacrer aux questions de fond sans me mêler du meccano interne.
Quel jugement portez-vous sur le traité européen simplifié et sur les mouvements de grève du 18 octobre ?
Sur le le traité européen simplifié, jattends de voir le texte mais une chose est déjà acquise : un sujet qui a été tranché par référendum ne peut être à nouveau valablement tranché que par le peuple. Jespère que nous pourrons dégager une position de rassemblement du PS, et que nous saurons aussi considérer lessentiel, qui ne se trouve pas dans les procédures mais dans les politiques européennes à mettre en oeuvre.
Quant à la mobilisation sociale, au-delà des régimes spéciaux, sorte de ballon dessai gouvernemental, elle porte sur lensemble des retraites, le pouvoir dachat, lemploi. Des efforts sont nécessaires, des changements aussi, mais ils doivent être répartis équitablement, or ils ne le sont absolument pas. Les Français commencent à sapercevoir que le slogan « travailler plus pour gagner plus » était un leurre. Cest le début dune prise de conscience. Au PS et à la gauche de lamplifier et doffrir au pays une autre perspective.